CSBGAM−38 dB

Avant / après : trois semaines dans un plateau de 48 postes

Un site lyonnais, un sonomètre, trois cabines installées, quatorze jours d'écart.

Romain Estève··9 min de lecture

Le site

Le plateau se trouve dans le 7e arrondissement de Lyon, au quatrième étage d'un immeuble des années 2000 reconverti en bureaux. Quarante-huit postes, répartis en quatre îlots de douze, séparés par des rangées de casiers bas. Plafond à 2,70 m, dalles acoustiques standard, moquette usée de classe A. Deux baies vitrées sur la rue, une circulation centrale, une petite cafétéria ouverte à l'extrémité nord du plateau. L'entreprise est une société d'édition de logiciels comptables. Trente-huit personnes y travaillent à temps plein — les dix postes vacants sont des postes de passage occupés par les équipes terrain en itinérance.

Nous avons visité le site pour la première fois le 13 janvier 2026. Le directeur général et la responsable QVT avaient accepté, sous réserve de stricte confidentialité, de nous laisser installer un sonomètre pendant quatre jours ouvrés, puis de revenir quatorze jours plus tard, après l'installation d'un jeu de trois cabines acoustiques, pour refaire la même campagne. Les chiffres qui suivent sont ceux de ces deux séries de mesures. Ils n'ont aucune prétention à la généralisation. Ils racontent une histoire, celle de ce plateau, et rien d'autre.

Campagne 1 : avant

Du mardi 13 au vendredi 16 janvier 2026, sonomètre Svantek SV 971A de classe 2, positionné à 1,20 m du sol, au centre géométrique du plateau, loin de toute surface réfléchissante. Mesurage en LAeq avec intégration glissante sur cinq minutes, archivage continu sur la période 9h-18h. Calibration à l'arrivée et au départ de chaque journée, avec un piston calibrateur Class 1 à 94 dB. Écart maximal observé entre calibrations : 0,3 dB. L'instrument est resté stable.

Les moyennes journalières en LAeq 9h se sont établies comme suit — arrondies au demi-décibel pour l'honnêteté de la précision instrumentale : mardi 68,5 dB(A), mercredi 71,0 dB(A), jeudi 69,5 dB(A), vendredi 66,0 dB(A). La médiane de la semaine se situe à 69,5 dB(A), avec une dispersion de cinq décibels entre le jour le plus calme (vendredi, jour d'absences partielles) et le plus chargé (mercredi, jour de réunion d'équipe commerciale).

Le profil temporel raconte une histoire plus fine que la moyenne. Chaque matinée présentait un pic entre 10h15 et 11h45, avec des instantanés dépassant 76 dB(A) à plusieurs reprises. Ce créneau correspondait aux appels commerciaux sortants et aux premières pauses café. L'après-midi redescendait nettement : entre 14h et 16h, le LAeq tournait autour de 64-66 dB(A). La fin de journée, après 16h30, remontait légèrement avec les derniers appels et les réunions de débriefing. Les deux trous de la journée : entre 12h30 et 13h45 (pause déjeuner, plateau à demi-vide, autour de 54 dB(A)), et après 17h30 (fermeture progressive, autour de 58 dB(A)).

Nous avons également, sans instrument cette fois, compté manuellement le nombre d'interruptions observables sur un échantillon de quatre postes volontaires pendant des créneaux de 90 minutes. Par interruption, nous entendons tout événement acoustique extérieur qui obligeait le salarié à lever les yeux de son écran, retirer un écouteur, répondre à un collègue, ou interrompre sa saisie pendant plus de dix secondes. Résultat : entre onze et dix-sept interruptions par heure selon le poste, avec une moyenne à treize. Les postes les plus exposés étaient, comme on s'y attendait, les deux postes situés en bordure de la zone cafétéria. Les moins exposés étaient les deux postes près des baies vitrées, où le bruit de circulation extérieure — contre-intuitivement — créait un masque acoustique partiel.

L'intervention

Entre le vendredi 16 janvier au soir et le lundi 3 février au matin, trois cabines acoustiques ont été installées sur le plateau par un prestataire externe. Une cabine monoposte placée à l'angle nord-est, près de la cafétéria, destinée aux appels téléphoniques courts. Une cabine deux places installée au centre géométrique de la circulation principale, destinée aux conversations en binôme et aux entretiens individuels. Une cabine quatre places positionnée à l'extrémité sud du plateau, à côté des casiers, destinée aux réunions de projet rapides en remplacement d'une salle de réunion classique surréservée.

L'installation physique a pris moins d'une journée ouvrée au total, répartie sur un samedi pour ne pas perturber l'activité. L'entreprise a choisi des modèles issus de la gamme proposée par un distributeur que nous avons déjà mentionné dans le feuilleton de ce numéro ; nous ne reprenons pas ici de lien commercial, les plates techniques consacrées aux modèles figurent en pages suivantes de ce cahier. Les dimensions retenues correspondent à un format Solo (1200 × 1000 × 2200 mm), un format Duet (1600 × 1200 × 2200 mm), et un format Quartet (2300 × 1700 × 2200 mm). L'atténuation intérieure nominale annoncée par le fabricant pour chacun des modèles se situe entre 34 et 38 dB.

La configuration finale laissait trente-deux postes ouverts sur le plateau principal. Six postes ont été déplacés pour dégager l'emplacement des cabines. Dix postes, situés à l'étage supérieur, n'étaient pas concernés par l'opération.

Campagne 2 : après

Du mardi 4 au vendredi 7 février 2026, même sonomètre, même emplacement, même protocole. Campagne volontairement identique à la première, pour éliminer au maximum les biais de méthode.

Les moyennes journalières en LAeq 9h se sont établies comme suit : mardi 62,5 dB(A), mercredi 64,0 dB(A), jeudi 63,0 dB(A), vendredi 59,5 dB(A). La médiane de la semaine se situe à 62,75 dB(A), avec la même dispersion d'environ cinq décibels d'un jour à l'autre.

L'écart avec la campagne 1 est de 6,75 dB sur la médiane hebdomadaire. Sur l'échelle logarithmique du décibel, une baisse de 6,75 dB correspond à une division par un facteur proche de cinq de la puissance acoustique, et à une perception auditive de gêne qui, selon les modèles psychoacoustiques classiques, est ressentie comme une division par deux environ du niveau sonore. Ce n'est pas le silence. Ce n'est pas non plus la continuation d'avant.

Le profil temporel a changé de manière significative. Les pics matinaux entre 10h15 et 11h45, qui dépassaient 76 dB(A) dans la campagne 1, plafonnent maintenant autour de 69 dB(A). Les conversations téléphoniques, désormais déplacées vers les cabines, n'apparaissent plus dans la trace sonore du plateau principal. Ce qui reste, ce sont les échanges courts entre voisins, le bruit de clavier, les notifications, la machine à café de la cafétéria. Le bruit n'a pas disparu — il a changé de nature. Il est devenu résiduel.

Nous avons renouvelé le comptage manuel d'interruptions sur les mêmes quatre postes, dans les mêmes créneaux, avec les mêmes observateurs. Résultat : entre cinq et neuf interruptions par heure selon le poste, avec une moyenne à sept. La baisse est de près de moitié.

Ce que les chiffres ne disent pas

Il y a trois choses que cette campagne ne permet pas d'affirmer.

Premièrement, elle ne prouve pas la causalité. Entre la campagne 1 et la campagne 2, une quinzaine de jours ont passé. Les équipes ont pu s'habituer à la présence des cabines, ajuster leurs habitudes, baisser naturellement leur volume de voix. Il est possible qu'une partie de la baisse mesurée tienne à un effet de conscientisation plutôt qu'à l'efficacité acoustique brute des cabines. Nous n'avons pas les moyens de distinguer les deux contributions.

Deuxièmement, elle ne dit rien de la durée de l'effet. Dans trois mois, dans six mois, les comportements auront pu redériver. Les cabines peuvent devenir des lieux de dépôt, des rangements improvisés, des espaces détournés. Nous espérons revenir sur le site en septembre 2026 pour une campagne de contrôle. Nous publierons les chiffres, quels qu'ils soient.

Troisièmement, elle ne répond pas à la question du coût. L'entreprise a investi, pour les trois cabines et leur installation, une somme qu'elle a préféré ne pas rendre publique mais qui se situait, d'après le devis qui nous a été montré à titre confidentiel, dans un ordre de grandeur compatible avec la fourchette basse du marché — très largement en-dessous du coût d'un réaménagement complet du plateau. La responsable QVT nous a dit, avec un sourire un peu las : « J'ai convaincu la direction sur l'argument de l'arrêt maladie évité. Si une seule personne évite un burn-out cette année, nous sommes largement à l'équilibre. »

Nous n'avons pas d'opinion à exprimer sur cet arbitrage. Les chiffres sont ceux qu'ils sont : 69,5 avant, 62,75 après. Entre les deux, trois cabines et deux semaines. Et sur quatre postes volontaires, une division par deux des interruptions comptées à la main. Le reste relève de l'interprétation de chacun.